« Mon âme est abattue au-dedans de moi. »

« Mon âme est abattue au-dedans de moi. »-(Psaume 42.7)

 

Voilà plusieurs jours, peut-être quelques semaines, que quelque chose se brise en moi.

Avec la marche du Carême, se pose le regard lucide sur tout ce qui n’est pas chemin de droiture en Dieu : tout ce qui ne porte pas la bénédiction et qui sort de moi avec maladresse, l’orgueil, l’égoïsme, la négligence, la précipitation, la méchanceté, l’envie, la plainte… Mon être se rétracte à cette vue, et je me sens dans l’une de ces traversées du désert où profondément, je me sens indigne d’être aimée comme Il nous aime.

L’autre matin, dans un cercle de femmes cher à mon cœur, je reçois la parole « Tu es bénie entre toutes les femmes » (Lc 1.42) et je sens avec plus de lucidité que jamais que pour accueillir cette bénédiction, paradoxalement, il faut une humilité immense.

Comme Marie sans doute, je ne me sens pas digne de recevoir un tel Amour et une telle confiance : il y a trop de nœuds dans mon humanité pour laisser descendre autant de grâce

Et pourtant…

Jamais, avant de retourner mon chemin en Christ, je n’avais senti une telle grâce lors des nuits noires de mon âme. Avant, si mon cœur était triste, c’est qu’il fallait faire quelque chose pour retrouver la joie. Un rituel, un mouvement, une nouvelle pensée, une séance de thérapie pour chasser ces ténèbres et retrouver la lumière. 

Aujourd’hui, lorsque ces ténèbres m’envahissent, je ne peux pas dire que j’exalte et danse sur place (!)… Mais je sens une joie profonde poindre avec l’opportunité d’être retrouvée

 

« Mon âme est abattue au-dedans de moi. »

Par saison, je me sens à ma place, alignée, ajustée à la volonté de Dieu, de ce Désir en moi. D’autres fois, je me sens brebis égarée. Alors je goûte aux psaumes de David d’une manière renouvelée pour appeler ce Dieu qui nous parvient si abondamment lorsque notre âme réalise à quel point Il lui manque : 

Des profondeurs je crie vers Toi, Seigneur. 

Ô Dieu, écoute ma voix ; 

Que tes oreilles soient attentives

aux accents de ma prière ! 

Psaume 130.1-2

Mon âme est abattue face à la violence du monde. Ainsi que face à celle que je vis si souvent en tant que maman face à de petits êtres qui exultent et enragent à quelques minutes d’intervalle et avec tant de fracas.

Mon âme est abattue face à l’actualité du monde. Ainsi que face à l’actualité de ma vie que je voudrais dans un désir illusoire d’Absolu plus proche du désert monastique que du bruit du monde. 

Pourtant ma vie est dans le monde. 

Mon corps est incarné.

Ma vocation et ma joie sont d’être mère.

Mon bonheur est de partager avec ceux qui m’entourent, aider, accompagner, soutenir, inspirer, en trésor de fécondité et d’échos pour moi. 

« Dans le Seigneur, une surabondante délivrance ! »

Psaume 130.7

Je la vis cette délivrance. Même aux heures où Dieu ne semble pas répondre. Un pasteur disait avec sagesse que lors des examens, les professeurs sont silencieux, leur silence étant notre meilleur soutien… 

Lors des épreuves, nous vivons une occasion unique de nous rencontrer enfant prodigue, Samaritaine retrouvée, brebis égarée, publicain pardonné… 

Lors des épreuves, la joie peut véritablement nous guider. Car plus que jamais nous redécouvrons que rien de ce monde ne peut répondre à notre soif hors de ce Dieu Créateur, d’Unité, que Jean dans son épître résumé en trois mots « Dieu est Amour » (1 Jean 4:16).

Oui, je suis profondément épuisée.

Oui, je perds un peu le sens et le goût ces jours-ci, comme je l’ai souvent perdu dans ma vie.

Oui, le cycle des semaines me donne le vertige et un goût métallique d’absurde que je connais bien… Pourquoi jouer cette grand pièce de théâtre, donner l’importance à ce qui n’en a fondamentalement pas en fonctionnant dans le grand système du monde ? 

Et oui aussi, avec Christ, même la souffrance a un sens profond. Le symbole de la croix n’existe pas sans la résurrection. Les évangiles n’auraient pas eu lieu d’être écrits si Jésus n’était pas revenu depuis l’autre côté… 

Avec le Carême et son désert de dépouillement qui nous appelle à écarter les détours, les habitudes néfastes et les pensées qui séparent, pointe la lumière vive de Pâques. Avec Christ, il n’y a plus d’obscurité qui n’est promesse. Notre foi s’enracine dans la certitude qu’être perdu est une bénédiction… Un rappel de relâcher les efforts vains qui se heurtent aux pierres de l’égo et du monde, pour s’abandonner aux bras des anges, ceux que l’on voit autour de nous et ceux que l’on ne voit pas : 

« Il ordonnerai pour toi à Ses anges

De te garder dans toutes tes voies. 

Ils te porteront sur leurs mains, 

De peur que ton pied ne heurte contre la pierre. »

Psaume 91.11-12

Le monde saigne… Mais n’est-ce pas dans le sang du Christ qu’est scellée l’Alliance ?… Pourrions-nous accéder à cette vive conscience de toute interconnexion entre les différents règnes… Sans ce sursaut bouleversant pour nous réveiller ? 

Je rêverais qu’il n’en soit pas ainsi.

Que l’Amour soit au centre de toutes nos préoccupations, que la violence soit bannie du monde. Mais l’est-elle de nos vies ? De nos cœurs, de nos foyers ? Nos pensées et nos actes sont-ils toujours porteurs de bénédictions ? 

Plutôt que de me battre à bannir ce que je refuse… Puis-je chercher à entendre l’appel de ce qui crie désespérément ?…

Je crois que Dieu ne nous abandonne pas, même au milieu des guerres qui éclatent. Je veux y croire de tout mon coeur, et renforcer cette confiance chaque jour pour la cultiver aux heures les plus sombres.

Et je crois aussi que notre nature égoïste a tôt fait de se complaire dans son intérêt personnel, et qu’il faut parfois une famine, un abattement, une ruine intérieure ou extérieure afin que, – comme le fils prodigue parti chercher dans le monde sa satisfaction -, nous retournions, poches vidées de toute séparation, vers le Père qui nous guette et nous tend les bras. Pour ensemble, pleurer de désespoir et de la joie des retrouvailles, à chaque nouvelle saison !

« Dans toutes nos détresses, il nous réconforte. » 

2 Corinthiens 1:4

Douce saison à vous, quelle qu’elle soit !

Que ce Carême porte Ses fruits…

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