Être ponts, notre véritable vocation ?
Ponts entre Ciel et Terre,
Père et Mère.
Ponts entre gauche et droite,
Esprit et corps.
Ponts entre lui et toi,
Toi et moi.
Être ponts pour donner la vie, accompagner la mort.
Ponts entre les polarités ;
Pour ne plus chercher à choisir « ceci ou cela » dit Yeshua dans l’Évangile de Marie, comme l’Ego humain tenté de le faire pour exister et se donner de l’épaisseur.
Être ponts et perdre toute épaisseur, se dissoudre de toute identité pour n’être que reliance, transmission, réceptacle, gratitude.
« Tu te perds à nouveau en toi-même, oublie-toi. », me répètes-Tu fermement et avec amour lors d’une cérémonie.
S’oublier… Faire le chemin inverse, redescendre là où on nous avait encouragé.e.s à monter.
Lorsque l’Ego descend, il rencontre l’âme qui monte à la croisée des chemins, là où le cœur devient lampe.
Notre vocation est d’incarner la croix dans la matière, « faire de deux l’Un » (Th 22.4), de dissoudre toute aspérité, toute contrariété, toute revendication… Devenir Union.
Alors, remplaçant le monde par un autre Monde, l’image par une autre Image, nous confie Marie dans son Évangile, nous devenons Dieu. Anthropos, Humain réunifié, réconcilié, ayant retrouvé la mémoire qu’un doigt d’ange avait dissoute pour lui offrir le goût de l’incarnation…
Nous avons exulté et nous avons aimé ;
Nous avons pleuré et nous avons désespéré ;
Jesus nous rappelle le sens de tout cela :
Ne choisir ni camp ni direction figée, allumer des lumières en ce monde en laissant transparaître La Sienne. Devenir, par Lui, vitrail.
Au bord d’une falaise, j’entends sa voix qui murmure à Marie-Madeleine, certainement si tentée de Le rejoindre après son départ physique… « Noli Me Tangere ». Ne me retiens pas, ne cherche pas à retrouver ce que tu as perdu, ma douce amie… Tu dois rester, porter ma voix et mon amour, plus loin. Tu dois rester, être phare dans la nuit. La nuit s’avance, il n’est plus temps d’oublier… Tu dois brûler, leur rappeler ; afin que tous et toutes brûlent à leur tour.
Tant qu’une seule âme sera dans l’oubli, toutes les autres reviendront, encore et encore, pour poser des flammes sur le chemin de la Maison.
En marche ! Nous révèle-t-il dans les Béatitudes que nous explorons en profondeur et intimité dans une prochaine retraite en octobre… En marche, ne t’arrête plus par complaisance, souffrance, inertie…
Pourquoi avoir quitté la Source, s’être extraits du Père-Mère, si c’est pour y revenir ?
Pour rien. Pour tout. Là est le grand mystère qui doit rester voilé, afin que chacun en soulève le voile et y reçoive le Nom de son existence.
Pour goûter à la chance d’aimer, pour se croire séparé.e.s et retrouver l’Unité, pour semer plus loin et se retrouver chez soi. Pour l’amour de la beauté, d’une valse éphémère de feuille qui tombe, d’un chant qui s’envole.
Pourquoi les arbres, les papillons ?
Pour rien, pour tout.
Pour l’amour du geste créateur, l’amour d’une création qui prend vie, la joie de manifester du Beau, la futilité et l’essentiel de l’expression artistique.
S’il en est ainsi… N’est-il pas temps de danser ? De brûler ? D’hurler des mots d’amour et de murmurer des poèmes et prières appris dans l’intimité de notre coeur ? De remplir notre cœur de louanges, de se coucher sur la terre en humant sa tiédeur, son réconfort maternel…
Six jours plus tard, Il crée l’homme et insuffle en lui un Souffle de vie, Ruhau. Il vit que tout ceci était bon.
Le corps est un vêtement divin qui doit nous conduire à l’âme. L’égo cherche à la retenir captive dans ces costumes… Quand nous partons de l’autre côté, le souffle, Ruhau, s’est va ; il ne reste plus rien de l’être que nous avons connu.
Le Souffle est tout. Dieu est, en chacun de nos souffles, chaque caresse du vent qui murmure des langues anciennes et familières… Le souffle, infime et éternel.
Être rien, être Tout. Être ponts entre l’absurde et l’Essentiel, l’humain et Dieu. Serait-ce là, notre vocation ?
Et avec elle, vient le Silence.
« Je vais au Silence », dit-elle encore.
Et tout est dit ?
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